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François Trudel

Les Nordiques, c’est aussi ça la vie!

Publiée il y a 1 an

Au fil des ans, plusieurs événements nous auront marqué et ce, pour différentes raisons.  Le décès d’un proche, un mariage, une naissance, un premier baiser, une rupture…  Mais aussi des événements historiques comme l’assassinat de JFK pour les plus vieux, l’effondrement du mur de Berlin ou encore les attentats du 11 septembre 2001, par exemple.  Et il y a de ces événements, anodins pour la vaste majorité mais ô combien importants pour vous tant ils vous ont marqué et pour lesquels vous conservez un vif souvenir.  Aujourd’hui je veux partager l’un de ces souvenirs d’enfance avec vous.

 

Reportons-nous au début des années 80.  Ayant été bien élevé, je déteste déjà le CH et mon père ne cesse de me parler des Nordiques enfin dans la LNH depuis plusieurs mois si tant et bien que j’ai utilisé cette merveilleuse faculté qui m’a été donnée qu’est la mémoire et je connais ainsi le nom et le numéro de chaque joueur des Nordiques.  À une ou deux reprises, pendant la saison, nous avons eu la chance de voir les Nordiques à la télé, ceux-ci jouant contre le CH un samedi soir.  Car pour les plus jeunes, en ce temps-là, seuls les matchs du samedi soir du CH étaient présentés à la télé.  Pour suivre nos Bleus, il fallait donc ouvrir sa bonne vieille radio. 

 

En guise de cadeau d’anniversaire - j’avais célébré mes quatre ans la veille - mon père m’amenait au Colisée en ce soir du 26 février 1980.  Avant le début la rencontre, l’annonceur-maison fait une annonce spéciale.  Les Nordiques vont honorer un joueur de l’équipe adverse.  Je ne comprends pas. 

 

-          Papa,  pourquoi ils demandent d’applaudir un "pas Nordiques" (j’ai 4 ans!)

-          Mon gars, le Monsieur qui est au centre de la glace avec son gilet vert et avec le numéro 9, c’est le plus grand joueur de l’histoire de la ligue et il a annoncé qu’il allait prendre sa retraite à la fin de la saison.  Alors pour saluer tout ce qu’il a accompli, on le félicite, même s’il joue contre les Nordiques.

-          C’est quoi son nom?

-          Il s’appelle Gordie Howe.

 

Au même moment, la foule se lève et réserve une chaleureuse ovation à M. Hockey.  Moi, tout ce que je vois, c’est un vieux monsieur avec les cheveux gris et le chandail vert de l’ennemi.  Le bruit est assourdissant.  Pour ceux qui sont déjà allés au Colisée Pepsi, l’acoustique y est merdique.  Tout est écho.  Alors j’entends tout le monde applaudir autour de moi mais aussi l’écho des 10 000 autres fans et c’en est trop : je dois me boucher les oreilles.  Comme les applaudissements me semblent durer des heures, je regarde mon père pour qu’il arrête d’applaudir – cela va peut-être inciter les autres à arrêter aussi.  À ma stupéfaction, mon père a les yeux brillants.  Il est dans une bulle.  Il vit son moment.  Je ne comprends toujours pas, du haut de mes quatre ans, pourquoi on applaudit l’ennemi.  Pourquoi mon père est heureux d’applaudir les méchants?

 

L’ovation cesse.  Le match commence.  Encore une fois pour les plus jeunes, dans ce temps-là, les gardiens demeuraient debout et étaient faiblement équipés.  De plus, la différence entre les meilleurs joueurs et les moins bons étaient à des années-lumières de ce qu’elle est aujourd’hui.  Autrement dit, c'est comme si chaque équipe avait dix Sidney Crosby et dix Turner Stevenson.  Quand les Crosby d’une équipe étaient sur la glace en même temps que les Stevenson de l’autre équipe, il y avait un but.  Les Nordiques ont gagné 9-5.  Et 9-5 était une marque normale à cette époque.  D’ailleurs dès cette année-là, un certain Wayne Gretzky participait souvent à des victoires de plus de 10 buts pour son équipe.  Autres temps, autres mœurs…

 

Ce souvenir est demeuré enfoui dans ma mémoire pendant des années.  Mon père ayant été élevé à la dure, les hommes n’avaient pas le droit d’avoir des émotions.  Il a fallu le décès de son père, mon grand-père paternel donc, pour que je revoie de l’émotion chez mon père.  Et vlan! un flashback de cette fameuse soirée m’est revenu!  Pas le film du match, mais quelques bouts de l’avant-match et surtout ces yeux brillants de mon père en applaudissant Gordie Howe. 

 

Mon grand-père est décédé quand j’avais 18 ans.  Au fil des ans, j’avais vu d’autres ovations monstres accordées à des légendes comme Richard ou Béliveau.  Et ayant grandi au cœur de la plus grande rivalité du sport en Amérique du Nord, je vivais toute cette passion et le hockey était déjà ma religion, comme elle l’est toujours chez nombre de Québécois.  Et c’est là que j’ai fait le lien entre l’émotion de mon père au décès de son père et l’émotion de mon père qui pouvait voir Gordie Howe sur patins pour une dernière fois et lui porter respect. 

 

Et j’aurais voulu chuchoter aux oreilles du petit garçon qui se les bouchait :

-          C’est un grand homme qui est sur la glace en ce moment.  Cet homme a largement contribué à ce que l’endroit où tu es en ce moment soit rempli de fiers partisans qui adorent ce sport et ses gladiateurs.  Il a transmis sa passion, a joué jusqu’à 51 ans, chose qui ne s’est toujours pas reproduite et ne se reproduira sûrement jamais.  Alors il mérite pleinement cet hommage.  Tu comprendras plus tard.  En attendant, regarde comment ton père est heureux et fier.  Et il aurait dû te le dire à ce moment-là mais il se trouve que ce fameux M. Howe a joué pour les Red Wings pendant plusieurs années.  Détroit, l’autre équipe préférée de ton père.  Mais ça non plus tu ne le comprends peut-être pas qu’on peut aimer plusieurs choses à la fois même si elles paraissent s’opposer de prime abord…

 

Aujourd’hui, j’ai entamé la quarantaine.  J’ai une ado.  Elle n’aime pas vraiment le hockey.  Mais elle aime les sensations fortes.  Et il n’y pas grand-chose qui s’approche de la sensation de 20 000 personnes réunies dans un endroit - somme toute restreint pour 20 000 personnes - et qui crient en même temps après un but.  La vibration à l’intérieur de de ton corps par la force du bruit de l’addition des 20 000 cris et applaudissements est unique.  J’aimerais bien qu’elle connaisse cela, qu’elle le vive, le ressente. 

 

Bien entendu, je n’ai pas été élevé à la dure.  Ce temps-là était révolu.  J’ai même plutôt été élevé dans la ouate.  Alors ma fille m’a vu heureux, triste ou en colère au fil des ans.  Elle m’a vu rire et pleurer.  Je me demande comment elle me percevra quand elle me verra me lever de mon siège, applaudir à tout rompre et avoir le sourire fendu jusqu’aux oreilles et les yeux brillants lorsque nos Nordiques sauteront sur la glace pour la première fois en plus de 20 ans en ce début d’octobre prochain?  Et moi, est-ce que j’aurai un sentiment de déjà vu?


Commentaires

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DDPYoga Publié il y a 1 an
Bravo François!!
Super Bon!!
Peut-être verras-tu Jagr se faire applaudir avec elle?
Une coupe longueuil grise qui aura porté à peu près tous les chandails si c'est le cas.
Bravo encore!
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joebranch Publié il y a 1 an
wow je me vois tellement dans ca. Tout est pareil pour moi. J'ai été bien élevé comme toi en haïssant le CH . j'ai une fille aussi mais pré ado mais je l'ai très bien élevé elle n'aimes pas du tout le CH. Sauf que moi c'est ma grand-mere qui m'amenais voir les nordiques. Elle restais a Lévis et on prenais l'autobus nolisé pour les matchs. J'ai vu les Goulet Stasny s Sakic Sundin Hunter etc... Pour la premiere fois ma fille va peut-être voir son père perdre le contrôle en émotions lors du premier match qu'on va assister ensemble
merci et ca m'a fait du bien et me remémorer des bons souvenirs avec ma grand-mere
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lasch01 Publié il y a 1 an
Une émotion bien rendue dans ton article. Il est facile d'y adhérer. J'espère que la génération qui nous suit aura cette chance de vivre ces frissons.
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miuzikfred Publié il y a 1 an
Tres bon texte!
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dxforlife16 Publié il y a 1 an
Super bon article
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Renbel Publié il y a 1 an
Vraiment un bon texte même presque trop court. J'aimerais tellement ça si tout recommencerais cet automne.
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René Daigle Publié il y a 1 an
Tres bon Francois !!!
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Dalou_6 Publié il y a 1 an
Wow! Super texte. Pour ma part, avec mes 56 ans bien sonnés, le moment venu, je ne pourrai m'empêcher de verser une larme, j'en suis sûr!
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1titi Publié il y a 1 an
Oh Yes !!! " Je me demande comment elle me percevra quand elle me verra me lever de mon siège, applaudir à tout rompre et avoir le sourire fendu jusqu’aux oreilles et les yeux brillants lorsque nos Nordiques sauteront sur la glace pour la première fois en plus de 20 ans en ce début d’octobre prochain? "
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Jos Pete Publié il y a 1 an
wowww J'avais (pour un bref moment) le yeux remplis d'eau en lisant ton texte François. Et surtout, les mêmes pensées en me remémorant ces belles années ! Je n'ai aucune idées SI, ils (nos Nordiques chéris) reviendront cette année où dans quelques années d'ici mais, cela m'a permis de me remémorer de merveilleux souvenirs de ce temps si lointain déjà. Les Sakic, Hunter, Gosselin, Sundin, Stastny's, etc qui (pour une soirée magique unique) sont tous venues jouer au billard où est-ce que j'y travaillais. Je donnais des cours de billard à cette endroit et, étant si fier de les voir entrer à cette endroit (Tapis vert de Ste-Foy), je m'suis dépêchés à leurs proposer mes services (gratuitement évidemment) les yeux remplis de souvenirs d'adolescence (déjà adolescent et demeurant à Baie-Comeau, presque a chaque week-end, je faisais du pouce en direction de Québec pour les voir jouer au colisée). J'ai étés à la bonne école moi également (même si mon père qui prenait pour les bleus seulement pour faire ... ma mère (la traître) qui prenait pour le tricolore lolll Quel bon temps ? MERCI Mr Trudel de nous faires revivre ce merveilleux temps et de nous faires entretenir cette flamme qui (presque à chaque année de déception du refus du retour de nos Nordiques) s'éteint encore un peu... GO NORDIQUES GO
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Francesca Publié il y a 1 an
MERCI...Wow quel beau texte émouvant! Moi aussi je l'ai pleinement vécue cette époque où l'émotion était à son comble lors de certains matches des Nordiques en séries donc le fameux but de Peter contre les Whalers. Ouffff...je veux tellement revivre ces moments en direct avec mes 2 enfants de 18 et 21 ans qui adorent le hockey et qui attendent impatiemment leur retour :) NORDIQUES 2017
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barbatus Publié il y a 1 an
cheezy :)
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Rod78 Publié il y a 1 an
Magnifique, je te souhaite que ta fille les meme émotions que tu as vu de ton pere
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Nordicus Publié il y a 1 an
Tres bonne chronique, merci d'avoir partagé cette page de ton histoire avec nous.
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