Dans la tribune Zone Nordiques
La force du dollar, tout... sauf un mythe.
3 avr. 2017
Salut Andy. Ça faisait longtemps que je n’avais pas écrit une chronique et je dois avouer que le dernier grand coup, représenté en image par un Foley souriant seul à grandes dents, m’a un peu scié les jambes. Cependant, ta chronique m’a fait réagir et j’ai décidé, amicalement, de te relancer point par point. Après tout, à défaut de débattre du prochain alignement des Nordiques, aussi bien débattre des idées.
1- Commencons par le taux de change. La force du dollar canadien repose sur une multitude de facteurs, dont les cours mondiaux des produits de base que nous exportons. C'est l'une des raisons pour laquelle le dollar a chuté en même temps que le cours du pétrole il y a quelques années. La demande mondiale pour les produits que nous exportons, aussi appelée la situation économique relative, aura également un impact considérable sur la valeur de la monnaie nationale.
Je t’invite d’ailleurs à consulter les facteurs qui influencent la valeur du huard sur le site de la Banque du Canada (http://www.banqueducanada.ca/wp-content/uploads/2010/11/taux_change.pdf). Tu seras à même de constater que si cette dernière a un certain contrôle sur des éléments comme les taux directeurs, elle ne saurait être capable de "maintenir" un dollar faible malgré toute sa bonne volonté de vouloir contrôler la productivité interne du pays, le climat politique, la dette publique ou encore le flux de capitaux qui entre au pays.
Conséquemment, je crois plutôt que Quebecor attend soit un dollar plus fort, soit un prix de vente plus faible. Ça explique également la raison pour laquelle Brian Mulroney avait affirmé que la force du dollar canadien représentait un défis "formidable". Il ne faut pas oublier que Quebecor aura la quasi-totalité de ses dépenses en dollars US et la quasi-totalité de ses revenus en dollars canadiens. Dans un marché comme le nôtre, qui générera beaucoup moins d'argent que Toronto ou Montréal, un tel écart est à prendre en considération.
2- Lorsque tu compares 1000$ CAN à 500$ US avec un taux de change de 0,74$, il est certain que le 1000$ canadien vaut davantage. Par contre, pour couvrir 1 dollar US de dépense, tu dois générer 1,34$ en revenu canadien en date d'aujourd'hui. Si Quebecor avait payé une équipe d'expansion au prix de 500M US, ça lui aurait en réalité coûté 669M canadien, soit 169M de plus que ce que Vegas a dû débourser.
En comparaison, 169M, c'est un million de moins que la somme pour laquelle les Jets de Winnipeg ont été acquis en 2011 alors que le dollar canadien était au pair avec celui américain.
3- En ce qui concerne le plafond salarial, il y a deux façons de le voir. Pour les plus petits marchés canadiens, dont nous ferions partie, le plafond permet d'être compétitif en empêchant des marchés comme New-York de faire exploser la banque comme ça s'est déjà vu avant 2004
Par contre, le plafond salarial limite également les marchés comme Montréal puisqu'ils doivent bonifier les salaires des joueurs en devise US pour compenser le taux d'imposition qui prévaut dans les différentes provinces canadiennes. Eh oui, contrairement à la croyance populaire, les joueurs de hockey paient des impôts au Canada. À cet effet, Dany Dubé donnait un exemple éloquent en prenant en considération que le taux d'imposition est de 39 % en Floride versus 53 % au Québec pour la catégorie de salaire des joueurs de hockey. Je le cite:
"Pour un joueur comme Steven Stamkos, qui pourrait venir jouer à Montréal, il devrait grosso modo débourser 1,3 million $ canadiens de plus annuellement s’il avait un salaire de 10 millions $. Sur cinq ans, ce sont donc près de sept millions $ supplémentaires qui s’envoleraient dans les coffres de l’État.
Donc, un Quebecor de ce monde devrait débourser 7M US supplémentaires pour compenser la différence d'imposition ou encore 9,3M CAN, et ce, pour un seul joueur. Encore une fois, le taux de change, combiné au taux d’imposition, joue un rôle important
4- Tu as entièrement raison quand tu mentionnes les droits de télévision canadiens qui valent beaucoup plus que ceux américains. Cependant, nous sommes ici en situation où Quebecor reçoit peu d'argent des ces droits puisqu'elle en possède une partie.
Autrement dit, les droits de télévision francophones ne représenteraient pas une entrée nette d'argent pour les futures Nordiques comme ils en représentent une pour le Canadien. À cet effet, RDS ne débourse pas moins de 68 M CAN annuellement pour obtenir les droits de télévision régionaux du CH et le tout va directement dans les poches de Molson….
5- Tu as aussi entièrement raison de dire que Quebecor a besoin des Nordiques pour rentabiliser ses différentes plateformes..... mais pas à n'importe quel prix. Comme je te le mentionnais plus haut, les revenus étant principalement en dollars CAN et les dépenses en dollars US, Quebecor ne serait peut-être pas plus rentable avec les Nordiques si la compagnie doit débourser un montant US qui, en dollars canadien, représenterait un déficit énorme à compenser.
C'est en prenant en considération cette réalité que certaines questions doivent survenir de la part des investisseurs quand vient le temps d’évaluer une telle dépense.
"Et si on ne vendait pas assez de billets soir après soir? Et si l'équipe ne parvient pas à faire les séries pendant plusieurs années et qu'on ne pouvait toucher aux précieux revenus générés en séries éliminatoires? Et si nous sommes incapables de déloger le Canadien de Montréal des chaumières de l'est du Québec?"
Bref, il y a une énorme gestion de risque à faire dans ce dossier. Quebecor n'a malheureusement pas la chance d'avoir une équipe à rabais comme Winnipeg et c'est peut-être ce qu'ils attendent en s'étant fixé un prix US raisonnable à payer
Pour ma part, je pense que la force du dollar, combinée à la bulle spéculative que Gary a créée avec son expansion à un demi-milliard US, a freiné Quebecor. Avec du recul, je crois qu'ils ont joué le jeu de l'expansion non pas parce qu'ils croyaient être en mesure d'obtenir une équipe à un tel prix, mais parce que cela leur permettait de se placer en position de visibilité pour un transfert éventuel.
Je suis comme toi et j’attends le retour des Nordiques impatiemment, mais les événements des dernières années ont sapé mes émotions au profit du rationnel. Il ne nous reste plus qu’à attendre la bonne affaire dans le cadre d’un transfert. Cela pourrait arriver plus vite que l’on pense dans un dossier comme celui des Coyotes.
Amicalement,
Fred
*** Mise à jour ***
À la lecture de certains de vos commentaires, je me dois d'apporter une précision concernant les soit disant réserves de devises américaines que Québecor possèderait. La Presse a déjà demandé à deux économistes indépendants d'étudier les états financiers de l'entreprise au 31 décembre 2015. Voici leur conclusion: Québecor n'a pas utilisé d'instruments financiers dérivés afin de couvrir les risques de fluctuations du taux de change pour l'acquisition d'une équipe de la LNH.
Les professeurs Richard Guay et Michel Magnan font valoir que toute couverture contre les fluctuations du huard rattachée à une transaction hypothétique - comme la possibilité d'acheter une équipe de la LNH pour 500 millions US en participant au processus d'expansion de la LNH l'été dernier - aurait vraisemblablement été qualifiée de couverture spéculative. Dans son rapport de gestion pour l'année 2015, Québecor précise qu'aucun de ses instruments financiers dérivés ne sont « détenus ou émis à des fins spéculatives ». Québecor répète cette même affirmation dans son dernier rapport trimestriel (au 31 mars 2016).
Les apparences portent donc à croire que Quebecor n'a pas de réserve US prête à être déboursée pour l'achat d'une équipe de la LNH, mais en posède sûrement pour ses autres opérations courantes à déclaration obligatoire.
Vous trouverez l'article complet ici: http://affaires.lapresse.ca/economie/medias-et-telecoms/201607/13/01-5000565-nordiques-quebecor-ne-sest-pas-protege-contre-le-taux-de-change.php
Est-ce que ça prouve quoique ce soit? Non, mais ça remet les choses en perspective.
On jase…



