Dans la tribune Zone Nordiques
Est-ce enfin notre tour?
19 déc. 2018
Ce qu’on va se jaser ici n’est que ma propre analyse de la situation.
Je n’ai pas besoin d’essayer de convaincre qui que ce soit que Québec mérite d’avoir son équipe de hockey. Croyons-le ou ne le croyons pas, si on n’est pas passés proche à quelques reprises d’avoir enfin une équipe de la LNH à Québec, il y a certainement eu, au minimum, de fortes négociations. Malheureusement pour nous, on aura toujours été laissés de côté.
Après quelques douches d’eau froide, les fans deviennent plus cyniques. Pas “rationnels”, juste cyniques. Tant qu’à moi, si c’était juste du rationnel, on l’aurait notre équipe.
C’est à se demander: sommes-nous un si mauvais plan aux yeux de la LNH? Il me semble que non.
Nous sommes une ville de hockey, nous avons des acheteurs solides, nous ressusciterions une rivalité historique des plus importantes dans le sport nord-américain, nous augmenterions la valeur des droits de télédiffusion des matchs de la LNH au Canada et j'en passe!
Quel est le problème alors?
Et si ce n’était pas de notre faute?
Et c’est là que je me bute à cette réflexion:
La mission de Bettman est de propager le hockey dans l’entièreté de l’Amérique du Nord. Pour un commissaire, plus son sport est populaire, plus sa ligue prend de la valeur. Pas besoin d’en dire plus de ce côté.
Si on compare seulement la valeur des droits de télédiffusion, le Canada, un pays de 35 millions d’individus, avec 7 équipes dans le circuit, vaut 333 M$ US par année. Les États-Unis, un pays où la population atteint près de 318 millions d’individus, donc 9 fois plus que la population canadienne, avec 24 équipes dans le circuit (bientôt 25 avec Seattle), vaut seulement 200 M$ US par année. On peut tout de suite en conclure qu’il y a beaucoup de chemin à faire pour booster l’attrait du hockey chez nos voisins du sud.
Alors, quoi faire dans un pays qui regorge d’alternatives en ligues de sport-spectacles tels que la NBA, la NFL, même la NCAA… sans oublier la montée en popularité de la MLS ou même du phénomène télévisuel qu’est le UFC dans ce cas?
La solution que Bettman aura trouvé est l’expansion de la marque LNH aux quatre coins des États-Unis. Bref, inonder l’Amérique. Pour ce faire, il se devait de conquérir le désert américain et quelques « gros marchés ». Mais pas à n’importe quel prix. Si tu veux rivaliser avec les autres ligues, tu dois savoir te vendre comme les grosses ligues.
Le hic : Sans demande pour un produit, le produit a peu ou pas de valeur.
Il lui fallait donc deux choses :
1. Créer une demande (villes voulant avoir une équipe de hockey)
2. Réduire l’offre (villes voulant se débarrasser de leur équipe de hockey)
Regardons ça.
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1. Créer un demande :
Si t’as une seule ville potentielle pour recevoir une équipe, c’est cette ville-là qui a le gros bout du bâton. Si t’as deux villes qui veulent une même équipe, là les deux villes doivent se battre pour l’avoir et tu augmentes ainsi la valeur d’une potentielle concession.
Il fallait donc à Bettman une ville qui sert de levier. Il lui fallait un appât. Il lui fallait la carotte attachée au bout du bâton pour que l’âne avance.
La carotte idéale était Québec : La seule ville qui veut à tout prix son équipe... au point de mettre la charrue avant les boeufs.
On a construit un amphithéâtre: pas de Nordiques
On a participé au processus d’expansion: pas de Nordiques.
Ce n’était jamais notre tour, parce que pour lui, notre candidature éternelle était essentielle.
Avoir une ville qui montre clairement, année après année, qu’elle veut sa franchise et qui peut en accueillir une le jour même était la meilleure chose qui pouvait lui arriver pour booster la valeur potentielle d’un club.
2. Réduire l’offre:
Si tu veux vraiment que ta ligue grandisse vers les États-Unis, tu dois t’assurer d’avoir une ville américaine qui veuille accueillir une équipe et, surtout, tu dois t’assurer que ce soit par l’achat d’une équipe expansion. Par ailleurs, tu dois aussi stopper l’exode annoncé des équipes américaines en difficulté vers le Canada. Ce n’est pas une mince affaire.
Parenthèse: Je suis pas mal sûr que le déménagement des Thrashers aura énormément ralenti le plan de Bettman… et par conséquent l’arrivée de nos Nordiques.
Donc, première étape: tu dois fermer, barrer et sceller la porte aux déménagements… et même aux rumeurs de déménagement. Tsé, pourquoi achèterais-tu une équipe expansion, s’il existe la possibilité de déménager une équipe au prix demandé par le proprio?
Par exemple:
2011 - Le prix du déménagement des Thrashers vers Winnipeg: 170 M$ US
2017 - Le prix d’achat d’une équipe expansion à Las Vegas: 500 M$ US
2018 - Le prix d’achat d’une équipe expansion à Seattle: 650 M$ US
Deuxième étape: tu dois t’assurer que les équipes puissent rester là où elles sont. Cette étape aura été son plus gros défi… et il n’est pas fini.
On n’a qu’à penser à la saga des Coyotes et à celle des Hurricanes… et c’est pas comme si les concessions de Floride, New Jersey, New York ou Ottawa allaient bien non plus.
Somme toute, Bettman aura réussi à soutenir la pression et ainsi mener à bien sa mission d'expansion. Bravo à lui.
Maintenant que c'est fait, c'est à notre tour.
Mes constats:
Les proprios sont contents de tout l’argent reçu grâce à l’entrée en scène des 2 nouvelles équipes expansion. Ce qui fait que les investissements qu’ils ont dû assurer en vue de garder l’équipe des Coyotes en vie pendant quelques années auront enfin été totalement remboursés (et avec bonus!)
Les conférences sont équilibrées. 16 équipes à l’Ouest, 16 équipes à l’Est.
Le désert américain est pas mal bien couvert; et le nord-ouest aussi grâce à l’arrivée de Seattle. Ça m’étonnerait beaucoup que de nouvelles expansions arrivent à long-terme.
Québec est toujours prête à recevoir une équipe. Elle a l’amphithéâtre, les investisseurs et l’affluence potentielle qu’il faut pour que tout fonctionne.
Québec est un bon marché. Une grosse ville qui ne veut rien savoir du hockey ne vaut pas plus qu’une “petite ville” qui veut du hockey. Il ne faut pas non plus oublier que comme marché nous avons potentiellement tout l’est du Québec, le Saguenay, Charlevoix, la Beauce, etc.
Et le plus important pour nous: les équipes en difficulté sont toujours en difficulté et les proprios ne voudront pas revivre la situation qu’ils ont vécu avec les Coyotes.
Selon moi, un ou des déménagements intra conférence sont redevenus possibles.
Mes prédictions:
Lock-out en 2020.
Québec aura les Hurricanes (Quand Dundon a acheté les Hurricanes, il a dû accepter de se soumettre à la condition de ne pas pouvoir revendre l'équipe avant 2021. On ne négocie pas ce genre de clause si l'intention première n'est pas déjà de la revendre.)
Houston aura les Coyotes (La situation des Coyotes est devenue insoutenable).



